Filmez ce que vous voyez au travers d’une fenêtre de chez vous, et racontez un souvenir important.
Depuis 12 ans, je propose des ateliers de réalisation de films « Par ma fenêtre ». Le 1er confinement en 2020 nous ayant forcés à rester derrière nos fenêtres, cette plateforme est née.
Depuis un an et demi, de nombreux films sont réalisés de façon spontanée, ou dans le cadre de partenariats (médiathèque, lycée, festival, formations...). Chacun peut se saisir de ces créations, de leurs thématiques, en tant que créateur, spectateur, enseignant, médiateur...
Créer ces films, autant que les regarder, fait beaucoup de bien à ceux qui participent. Ce partage délicat du monde intérieur de chacun tisse ainsi des liens précieux, en profondeur. Le cinéma, qui devient un espace d’expression partagé, se réinvente. Dès lors qu’il s’ouvre aux images de chacun, il redevient un outil puissant pour se relier à soi-même et aux autres.
Daanin
En se tenant à cette fenêtre, regardant cette météo capricieuse, Daanin ne peut s’empêcher de soupirer tout en ayant un sourire de satisfaction aux lèvres. Le pire est passé.
Daanin connaît très bien les affres du climat tempéré, elle qui a passé toute sa vie dans l’hémisphère sud de l’équateur, dans un pays caractérisé par deux saisons et où quasiment jamais les températures ne s’évadent à moins de 20 degrés Celsius.
A sa première rencontre avec la neige, Daanin était dehors, sans aucune idée de l’endroit où elle allait passer la nuit. Elle était SDF et appelait quotidiennement le 115 pour avoir une place. Ce soir de forte neige donc, Daanin fût accueillie par la croix rouge qui lui accorda une place, le 115 s’étant révélé inapte à l’accueillir. Pour se protéger du froid, Daanin s’était cloitrée dans un abribus en attendant les agents de la Croix-Rouge Française. Le temps passait et personne n’arrivait à son secours. Il était à présent tard, presque minuit et malgré le froid et les risques encourus par une femme seule à cet endroit, elle avait le sourire.
Daanin savait que le lendemain, comme tous les matins après ces nuits de grâce accordées, elle devait sortir tôt des CHU (Centre d’Hébergement d’Urgence), sous la pluie, la neige, le vent, avec un grand reliquat de sommeil. Elle allait ensuite dans un Accueil de jour manger et après le déjeûner, elle errait dans un centre commercial avec quelques uns de ses compagnons d’infortune. Mais rien de cela n’avait de l’importance pour elle. Daanin était en vie et en sécurité, c’est tout ce qui lui importait désormais.
Malgré ces difficultés, Daanin n’était ni triste, ni malheureuse parce qu’elle a connu des situations bien pires. Dans le pays d’où elle vient, Daanin n’était plus en sécurité. Elle exerçait une profession à haut risque et sa vie était fortement menacée à un moment. Fuir était l’ultime solution.
Malgré sa nouvelle vie certes précaire, Daanin se sentait bien sous l’aile protectrice de la France. Parce que cette puissance, naguère esclavagiste, colonialiste et aujourd’hui jugée impérialiste par bon nombre d’Africains, sait être nourricière et protectrice pour les âmes perturbées et errantes comme la sienne.